3 février 2021: De «couille molle» à «loser».

couille molle loser

Dans la Guerre des boutons, l’insulte c’est «couille molle !».

https://www.gallimard-jeunesse.fr/9782070617104/la-guerre-des-boutons.html

Aujourd’hui dans les cours de récré, c’est « loser !».

Voir excellent ouvrage du professeur Paul Verhaeghe, Identiteit , 2018.

https://paulverhaeghe.psychoanalysis.be/boeken.html

Il n’y a pas de doute. Nous sommes dans une société de la méritocratie et de l’excellence.
La philosophe, Martine Méheut, dans son livre L’Invention du Bonheur, https://www.editionslatableronde.fr/linvention-du-bonheur/9782710327387  reprenant le mythe de Prométhée (« celui qui réfléchit »), rappelle ce que Nietzsche nous disait déjà : « l’homme est le plus faible des animaux (…) Il est le moins bien loti des races mortelles ».

Mais Zeus, nous dit Platon, envoie Hermès porter aux hommes la maîtrise de soi, le respect d’autrui et la justice en répartissant ces qualités parmi tous les hommes. Nous aurions tous reçus notre part d’humanité. Mais comment faire ? Il s’agit, nous dit-elle, de forger le caractère par un ensemble d’habitude qui aboutiront à une ouverture de l’âme, à une tolérance, à une disponibilité .

Bref, il faut se forger le caractère ! C’est ce qu’on disait avant. « il n’a pas de volonté ! » ou « il manque de caractère ! ». Aujourd’hui on dit, « Loser ! ».

Mais comment se forger le caractère ?

Par l’éducation que diable ! « Sans éducation préalable l’homme devient raide, dogmatique, incapable d’un regard bienveillant sur l’autre. Il est fermé. Il est devenu intolérant. C’est donc très jeune qu’il faut assouplir ce tissu humain » (Martine Méheut) .
A défaut d’éducation, l’homme serait un loup pour l’homme. Mais heureusement l’homme est doué d’une seconde nature – ce qui est bien contraire à la notion même de nature -, il peut devenir un animal sociable.

Avant, la société était essentiellement aristocratique, et l’éducation était fondée sur l’hérédité, les modèles des ancêtres, les traditions … la Sophistique apporte quelque chose de radicalement nouveau : l’idée que le mérite, ça s’apprend. L’excellence, cela s’apprend. « Avoir du caractère », cela s’apprend. Cela ne vient pas tout seul.
Si les sensations, les émotions, la peur, les plaisirs varient de l’un à l’autre, le bonheur, lui est accessible à tous les citoyens parce que, par l’éducation, ils peuvent apprendre à vivre ensemble dans le respect mutuel .

C’est vrai, je ne peux être que par rapport aux autres et surtout par rapport au reste du monde. Mais par la mondialisation, le reste du monde n’est plus depuis longtemps simplement mon village.

Pour vivre heureux, il faudrait d’abord que je comprenne le monde qui m’entoure. Heureusement, il y a les historiens, les sociologues, les économistes, les juristes, les psychologues, les philosophes, les coaches … ( sans oublier les virologues ), mais il y a surtout les médias, les Facebook, TicToc, Youtube, Instagram … de ce monde qui peuvent m’expliquer, m’éduquer, m’inculquer ce qu’est le monde d’aujourd’hui et, surtout, me dire comment je dois (et ne dois pas) me comporter. Il suffit de ne pas être d’accord avec Trump pour qu’on l’éjecte des réseaux . Et voilà !

Il faut bien se rendre à l’évidence, que je le veuille ou pas, on a fait – et on continue à faire – notre éducation, et à faire de nous de bons petits soldats. Mais pas n’importe quel soldat. Celui du modèle de « l’homo-economicus ». Et cela fait bien longtemps que cela dure.

Faut-il l’accepter ?

Quel impact sur notre personnalité ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. De notre identité. Croire que je me suis fait tout seul est une illusion. Le « self-made-man » est un mythe. Mon identité vient essentiellement de l’extérieur et, de plus, elle évolue en permanence (tout est n’est que changement). Mon lieu de naissance, mes parents, mon éducation, la chance, la bonne fortune – comme disaient les anciens – font qui et ce que je suis aujourd’hui ; sans oublier bien sûr le biologique : la réussite, c’est 99% de travail et 1% de talent !

A toutes les couilles molles. A bon entendeur, salut !

Victor de Bock

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